29 nov. 2005

Le Commissariat, à la reconquête d'Hispaniola

C'est une morne journée sur les rives boueuses du Danube. Les flocons tombent épars, faisant de la plaine de Wagram livrée aux automobilistes un vrai champ de bataille (humour).
L'inspecteur, fagotté comme pour un long dimanche de fiançailles, attend dans l'antichambre, là au 2e étage de  l'Austria Center. 
Une bombasse à crinière crépue entrouvre la porte d'un bureau anonyme. "Le Prremier ministrre va vous rrecevoirrr", sussurre-t-elle tout sourire avec cet accent qui rend les Créoles si créoles.
Un avenant bonhomme s'avance vers votre humble et civil servant intimidé.  Sorte de compromis entre T'as le bonjour d'Albert et Uncle Bens, avec en prime (c'est cadeau) une tache sur le crâne qui laisserait supposer quelque  amour interdite de Mikhail Gorbachev sous les cocotiers.  Mmmmh.  Nota pour moi-même : en parler à Frank Drebin, LAPD.
L'affable individu décline son identité : Latortue, Gérard Latortue.
Haïti's Prime Minister, at your service.
L'inspecteur, tel le lièvre de base, ne se dégonfle pas. Oh, il a bien parcouru l'étendue de ses connaissances sur le sujet, pendant les 17min de trajet le séparant de sa garçonnière à cette petite sauterie. Il a brassé les sujets possibles, savamment ordonné les questions se bousculant à la pelle dans son cerveau fébrile.
Gérard, Gérard ...
"Euh, Gérard - je peux vous appeler Gérard ?
- Gérard, n'avez-vous pas l'impression d'être sur une pente savonneuse ? de devoir picoler pour éponger l'excédent ?
- Allo Géraaaaaard ? c'est sparadrap. C'est ton ami, Jean-Claude Brialy.
Bref,  les sujets ne manquent pas.
Mais Latortue démarre en trombe. D'emblée, il place la conversation sur un sujet sensible. La coopération policière de la France.  De belles promesses, se lamente-t-il, mais rien de concret jusqu'à présent.
Un voyant s'allume chez l'inspecteur tandis que se reconnectent quelques synapses parties en vadrouille la veille, à l'occasion d'un punsch de Noël un peu sévère. Suivi d'un pousse-rapière des familles, noyé dans le Prosecco .
"Monsieur le Premier ministre, dis-je, vous oublierez un instant mes fonctions d'interviewer, pour entendre un autre langage. Monsieur le Premier ministre, je vous parle sans crainte et avec l'assurance du jeune blanc-bec à peine sorti de ses classes et je vous dis : le Commissariat est à votre disposition ! Une unité d'élite fondée voilà une quinzaine d'années, et qui a déjà acquis une certaine expérience en Opex".
Le vieux sage,  à qui on ne la fait pas, s'enquiert.
L'inspecteur n'attendait que cela. "Greece, Ioukey, Finisteere", plastronne-t-il, la gueule enfarinée. Sûr de son effet.
Gérard, impressionné, bredouille quelques syllabes admiratives.
Deal.  Les factionnaires zonziens seront les bienvenus à Port-au-Prince, quand bon leur semblera.
Le défi est à la hauteur de la tâche, euh, de l'enjeu - enfin, il est là, quoi.
Il faut pacifier le pays, faire entendre raison aux Chimères, ramener la confiance, relancer les exportations de rhum et de boudin aux pommes. En échange, et c'est une promesse, une usine de riz aux knackis fraîcheur sera montée aux Gonaïves, redonnant l'espoir à des milliers de sans-emplois.
L'inspecteur (béat) quitte le fier Ulysse des Caraïbes et son canapé en cuir souple à regrets. La bombasse réapparaît, fidèle à elle-même. Sûre de son effet, elle aussi.
Un nouveau chapitre s'ouvre pour le Commissariat. Une fois de plus, il interviendra là où les institutions républicaines s'enrhument - là où la voix de la France peine à se faire entendre.
Etait-ce un rêve ? se pince notre factionnaire.
Non, cette gueule-là, cette allure de dandy, cette geste nonchalante, elle est bien réelle.

avec_g_rard_latortue_29nov05

C'est bien notre inspecteur. 
Mission accomplie, une fois encore.
A ta santé, Gérard.
Longue vie, Commissaire.







Posté par inspecteurdb à 13:26 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Le Commissariat, à la reconquête d'Hispaniola

    A l'IdB, Zonza reconnaissante

    Il y avait déjà un maire de Zonza (Le sergent Bonneracâille, alias la Chataigne, perdu, mais pas oublié dans son Ermitage).
    Il y avait déjà un ambassadeur de Zonza en France,votre serviteur, qui hérita plus taard du sobriquet d'Adjudent Biengrâve)
    Il y a maintenant un ministre des affaires étrangères de Zonza et par extension, du commissariat.
    IdB, quel exceptionnel, plénipotentiaire tu fais !

    Sans remonter aux origines du quai d'Orsay :
    Tu es plus beau que Villepin.
    Tu es plus fidèle que Couve de Murville.
    Tu es plus idéaliste qu'Aristide Briand.
    Tu es plus responsable que Pierre Mendes-France.
    Tu es plus européen que Robert Schumann.
    Tu es plus fin de Roland Dumas et tes pompes font moins de bruit.
    Tu es presque plus savoyard que Michel Barnier.

    Malheureusement pour ta carrière, et malgré quelques beaux efforts, tu ne parviens pas à être tout à fait aussi con que Douste-Blazy.

    C'est la raison pour laquelle, comme Alexis Léger, dont tu égales le talent littéraire et l'éloquence, tu n'arriveras jamais en pleine lumière.

    Je m'en félicite d'ailleurs, car l'institution Quai d'Orsay et ses intrigues africaines ne te méritent pas. Comme Saint John Perse, tu resteras l'un des de ces hommes de l'ombre, aussi discret qu'indispensable, dans l'arrière boutique, à la bonne marche du monde.

    La diplomatie française y perdra en convivialité ce que le commissariat y gagnera en qualité.

    Quant à la mission proposée, je propose une réunion du plénum commissarial pour y réfléchir. Une rencontre virtuelle et skypienne pourrait faire l'affaire, mais je ne suis pas contre un sommet dans la vie réelle, une fois que les vents contraires auront cessé de souffler chez les uns et les autres.
    A titre personnel, je suis plutôt partisan d'aller établir nos valeurs sous le soleil d'Haïti. A condition, toutefois, d'être protégé par une milice personnelle (bref, une sorte de Chimère mais qu'on appellerait autrement pour mieux vendre le concept. Pas con hein ?)

    L'ABG, épaté

    PS : Sans déconner, tu lui as vraiment parlé commissariat à Gégé la flèche ?

    Posté par adjudantbg, 30 nov. 2005 à 15:24 | | Répondre
  • z'auriez pu être journalistes

    Je m'aprêtais à me farcir un petit commentaire sans prétention pour cette nouvelle prouesse debasienne, lorsque je vis que l'ABG a sorti le grand commentaire, celui qui émerveille autant qu'il énerve le producteur original, content qu'on réagisse mais un peu fourbu qu'on cherche à rivaliser de verve et de référence au risque de faire de l'ombre au scoop initial... Bon bref, Mau, c'est une des plus belle prise du Commissariat, ce Gérard, un peu comme l'autographe de Genghini que guit m'avait raporté ya 10 piges !
    Et puis enfin un projet à la heuteur de notre formidable potentiel et, si on n'arrive pas à booster l'exportation de rhum, je veux bien m'engager à en dynamiser la consommation ...
    J'adhère à la proposition de commission de réflexion ou autre comité d'étude préparatoire qui pourrait être coupler autour d'une possible Holy-Roger qui sera forcément mieux que la précédente donc à envisager dans la mesure des possibilités de chacun ....
    CBC fièr d'avoir des potes qui causent aussi bien

    Posté par commissairebc, 30 nov. 2005 à 21:29 | | Répondre
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